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Historique jusqu'en 1950
Cet article est extrait de "Histoire du Salève et Secours en Montagne" écrit pour la fête des Sauveteurs volontaires du Salève (SVS) en 1950.
Les Sauveteurs du Salève, qui sont-ils?
C'est une poignée d'hommes qui, aussitôt qu'un accident est signalé au Salève, que ce soit dans les rochers, dans les bois ou sur les alpages, accourent immédiatement pour porter secours à ceux qui en ont besoin.
D'un effectif d'une quarantaine d'hommes au total, les Sauveteurs ont à leur disposition 8 postes, à savoir: Le Coin, Bossey, La Croisette, Les Crêts, Les Treize-Arbres, L'Observatoire, La Croix et Monnetier. Tous habitent la région du Salève et sont alors à pied d'oeuvre pour agir en conséquence. La caractéristique de ces hommes est que tous partent bénévolement, lâchant qui son atelier, qui son restaurant, qui ses champs, pour aller porter secours à un blessé, dans des conditions parfois difficiles tant au point de vue climatique qu'au point de vue des difficultés d'accès.
Il va sans dire que la bonne volonté de ces hommes n'a pas suffi, il a fallu les instruire pour donner les premiers soins à des blessés et leur donner du matériel: pharmacie, cordes, brancards, etc... Tout ceci n'a pu être fait qu'avec beaucoup de difficultés, tant financières que techniques, et il a fallu bien des années pour arriver au point où ils en sont.
Du côté suisse, des hommes, médecins pour la plupart, ont donné leur participation entière à cette action de secours qui intéressait, malheureusement dois-je dire, surtout les Genevois, puisque pour la presque totalité des accidents ils en étaient les victimes. Le Club Alpin Suisse s'en occupe d'une manière très active et considère les Sauveteurs comme une de ses propres sections de secours, en les subventionnant chaque année. Le Dr Betrix, puis le Dr Doret et ensuite le Dr Robert, tous trois membres du Comité de la Section Genevoise du C.A.S. et délégués au sein de ce dernier aux postes de secours, ont donné le meilleur d'eux-mêmes à cette action.
Quels ont été les débuts des Sauveteurs Volontaires du Salève?
Il faut nous reporter à l'année 1897. A ce moment l'alpinisme prenait une envergure encore inconnue jusqu'alors dans la population genevoise. Par ailleurs, la varappe au Salève commençait à avoir beaucoup d'amateurs, amateurs qui voyaient dans ses rochers une école remarquable et un entraînement précieux pour des ascensions dans les Alpes suisses et françaises.
Or donc, une poignée d'hommes décida, à la suite d'accidents survenus en varappe, de fonder la Société des Sauveteurs Volontaires du Salève, pour secourir ceux dont la fatalité, la malchance ou l'imprudence, faisaient des victimes de leur sport favori.
Ces pionniers, qui ont pour nom du côté suisse: Dr Edmond Lardy, Ernest Siegenthaler; du côté français: François Pisteur, Jules Guy et Ferdinand Crochet, décidèrent cette fondation, en estimant qu'aucune question politique, raciale ou religieuse ne devait entrer en ligne de compte et que seul le côté humanitaire était à considérer.
Les débuts furent difficiles, car il fallait créer une technique de secours alpin de toutes pièces. Le premier but à atteindre était la construction d'un brancard solide, permettant le transport de blessés sur des parois rocheuses. Après bien des tâtonnements le brancard Lardy fut créé et a été si bien conçu qu'il est encore utilisé à l'heure actuelle.
Les Sauveteurs étaient déjà bien au point avant la guerre mondiale de 1914-1918 et ce fut une des premières sociétés de secours en montagne qui fut pareillement bien équipée, instruite et entraînée. Il le fallait, car le Salève est une des montagnes d'Europe qui accuse le plus d'accidents.
Cette guerre mit en veilleuse la société et, en fauchant tant de Savoyards, n'épargna pas les Sauveteurs dont plusieurs moururent pour la France.
Les hostilités finies, le flambeau des secours alpins fut repris avec ardeur et, tant du côté suisse que du côté français, le souci d'améliorer ce merveilleux instrument se fit jour. Il fallait alors construire des postes pour réduire le matériel, postes qui devaient être à proximité des lieux où les Sauveteurs devaient intervenir. Ce qui fut fait. Je ne dirai pas avec quelles difficultés financières ce résultat devait être obtenu, mais je mettrai au tableau d'honneur les sociétés de montagne de Genève qui, par leurs dons sous forme de cotisations, apportèrent leur pierre à la construction de ces postes, sans oublier les donateurs généreux qui apportèrent la leur en prenant des cartes de membres passifs.
Le côté technique ne fut pas oublié, chaque année des exercices furent exécutés, où des spécialistes des secours en montagne apportèrent aux Sauveteurs leurs idées et des théories modernes. Leurs critiques judicieuses et cordiales, toujours écoutées avec intérêt, clôturaient ces démonstrations.
Et ce fut la guerre 1939-1945. Là encore la Société perdit deux de ses membres, morts en déportation.
La frontière rouverte aux excursionnistes genevois, il fallut à nouveau ranimer la Société. Le flambeau fut à nouveau repris avec vigueur et désintéressement. Il fallut inculquer aux Sauveteurs de nouveaux principes de sauvetage. L'Ecole de Haute-Montagne de Chamonix vint apporter son expérience et sa virtuosité lors de la manifestation mémorable de septembre 1949.
Cette ère nouvelle qui s'ouvrait aux Sauveteurs apportait un problème d'importance, qu'ils viennent du reste de réaliser, à savoir la fondation d'un fonds de secours à leur intention.
En effet, les Sauveteurs possèdent bien une assurance qui les couvre d'une manère sérieuse en cas de décès ou d'invalidité totale, survenant au cours d'un sauvetage ou d'un exercice, mais qui ne les couvre pas d'une manière suffisante en cas d'accidents moins graves. Il ne faut pas oublier que ce sont tous des hommes qui gagnent leur vie et qu'une interruption de travail leur occasionnerait un manque à gagner, que moralement leurs dirigeants sont dans l'obligation de compenser financièrement. Ce fonds entrera donc en fonction pour combler cette lacune.
Il va sans dire que beaucoup de noms, tant du côté suisse que français, auraient pu apparaître dans le cours de cet exposé. Noms d'hommes qui se sont dévoués à l'accomplissement de l'idéal des Sauveteurs. J'ai préféré ne pas le faire, pour la modestie d'aucun et par crainte d'en trop oublier.
Pour clore cet exposé, j'aurais aimé pouvoir donner diverses statistiques établissant l'activité des Sauveteurs pendant ce demi-siècle, mais il se révèle sinon impossible du moins difficile de traduire par des chiffres leur action. Je dirai néanmoins que les Sauveteurs ont été appelés d'innombrables fois pour des accidents, malheureusement trop souvent mortels, et que leur intervention s'est toujours révélée opportune et accueillie avec reconnaissance.
© Edmond Siegenthaler.



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